Spiritualité

COMMENT  PARVENIR  A  L’UNITE  INTERIEURE

   Le désir, s’étayant sur un pôle pulsionnel, naît de la rencontre avec l’autre, d’abord la mère, et prend tout au long de l’histoire du sujet des colorations différentes, selon la nature des objets sur lesquels il se porte et la structure psychique au travers de laquelle il s’exprime. Le désir se présente dans une multiplicité et une succession de désirs où alternent des relations de possession et des moments de renoncement.

ETAT DES LIEUX

   Dans notre existence quotidienne, ne sommes-nous pas polarisés par des acquisitions matérielles, une activité professionnelle, des conquêtes amoureuses ? Combien de fois sommes-nous présents à nous-mêmes dans le silence de l’être ? Que de représentations se pressent en nous ! Que de situations nous incitent à agir ! Que de sollicitations nous entraînent dans la fuite de nous-mêmes !

   La question qui nous préoccupe est au fond celle de la maîtrise. Faut-il agir dans le plein exercice de ses possibilités sans considération sur le sens de nos interventions ? Poursuivre dans la même voie jusqu’ici entretenue où l’autre dans sa différence n’est pas vécu autrement qu’au travers d’images idéalisées, de stéréotypes ?

   Faut-il au contraire, à partir des informations que nous transmet le milieu, des situations qui nous sont données à vire, saisir l’occasion d’effectuer un travail sur soi, de réaffirmer son identité et de produire ainsi davantage d’être ? Ne faut-il pas changer radicalement notre façon d’être au monde, courant le risque de la confrontation à l’autre mais aussi à notre être intérieur ?

UNE  INSATISFACTION  GRANDISSANTE

   La présence d’autrui en nous dès l’origine est un fait. Elle est en lien avec le corps maternel. Elle prend ultérieurement la forme d’une image composite plus ou moins fluctuante, qui représente toutes nos expériences passées au contact avec les autres et détermine notre rapport à l’autre au quotidien. L’orientation de notre existence au travers des choix que nous ferons, dépendra de la manière dont nous aménagerons notre relation à l’autre, dans sa présence réelle comme dans l’image que nous en avons.

   Comme nous expérimentons très tôt le désir sous la forme de la multiplicité, comment éviter de courir le risque de la dispersion, de l’éclatement de soi, surtout quand le désir se fait plus présent en nous ? Comment échapper à la multiplicité du désir sans vouloir son extinction car il est signe de vie mais peut devenir signe d’avilissement ? C’est toute la problématique métaphysique du cheminement du multiple à l’Un qui s’ouvre à nous.

   Comment le désir humain qui se vit dans la relation de possession peut-il laisser place au désir métaphysique, au désir de l’invisible, de l’infini ? Le premier, dans sa dynamique désir-besoin tend à l’assouvissement par la consommation de l’objet, réduisant ainsi la distance entre le sujet et l’objet. Il vient combler un manque qui s’est exprimé dès l’origine sous la forme du besoin et ne subsiste que dans la reproduction de ce même schème qui semble rejouer indéfiniment une scène du passé. La jouissance, la sensation de plénitude qui accompagne sa satisfaction, sont de l’ordre de l’éphémère, du factice.

UN  RENVERSEMENT  DE  PERSPECTIVE

désirL’accès à l’unicité du désir passe par le renoncement au besoin d’avoir, en acte et en pensée. Ce mouvement de renoncement s’effectue en corrélation avec un processus de désinvestissement portant sur le monde environnant et pas seulement sur quelques objets ou un secteur d’activités. Il inaugure une pensée attitude différente de l’être à l’égard du monde  et   trouve  sa   légitimité   dans    le  manque provenant d’un désir jamais assouvi, dans un sentiment d’absurde  né du  constat que la consommation effrénée d’objets ne procure pas de plaisir.

    Le renoncement se porte alors sur la représentation que nous nous faisons du monde et de l’existence et sur le vécu d’attachement qui, jusque-là, lui apportait consistance et valeur : «  C’est ce détachement qui fait l’âme libre et vide de tous les biens qu’elle pourrait posséder. Or, les biens de ce monde n’occupent pas l’âme et ne lui nuisent pas, puisqu’ils ne pénètrent pas en elle ; ce qui lui est nuisible, c’est l’attachement à ces biens et le désir qu’elle en a »(1). 

L’UNICITE  DU  DESIR

   Le détachement, comme l’illustre la pratique bouddhiste, ne vise pas à l’extinction du désir comme cela est couramment évoqué, de manière raccourcie, en Occident. Il établit au contraire, comme dans la pratique chrétienne monastique,  un autre rapport à l’objet, de l’ordre de l’échange, du partage quand il s’agit d’un objet matériel ou de l’ordre de la rencontre, de la communion, quand il s’agit d’autrui, de l’espace sacré ou du divin.

   Auparavant, l’être semblait s’exprimer, se réaliser dans une multiplicité de désirs jusqu’à satiété. Désormais, le renoncement à la possession, l’attitude du détachement nous éloignent de la dispersion psychique, rend l’être disponible pour des investissements intérieurs, dans le registre du ressenti, de l’intuition, l’ouvrant ainsi à d’autres niveaux de réalité, à d’autres expériences.

    Ce qui était vécu jusque-là par des désirs multiples, parfois contradictoires, prend désormais la forme d’un désir d’être, d’une plénitude du Désir : «  Le Désir et désir de l’absolument Autre (…) Désir sans satisfaction qui, précisément, entend l’éloignement, l’altérité et l’extériorité de l’Autre » (2).

   Le Désir est désir de l’invisible, de l’absolu. Il ne peut se satisfaire de la consommation d’objet. Il est participation à l’Autre, à cette part irréductible de l’autre où la communion se substitue à la consommation, dans le désir amoureux, comme dans la relation au divin.

1-Saint Jean de la Croix, La montée du Carmel, Paris, Seuil, 1947, p.35

2-Levinas E., Totalité et infini, Paris, Martinus Nejhoff, parution livre de poche, 1971, p.23.

Christian Miel

Site de l’auteur : https://www.christian-miel.com

 

Catégories :Spiritualité

2 réponses »

  1. Bonjour, je vous ai envoyé un message dernièrement pour vous parler de Frank Hatem. Si vous avez le temps, voici sa conférence d’hier soir en replay.C’est un peu costaud pour ceux qui n’ont jamais entendu parler des clés qu’il a trouvées pour « sortir de la matrice » mais ça vaut le coup d’aller jusqu’au bout, pour les chercheurs de vérité, ça ¨peut faire un choc. Voici le lien du replay :  Voici le lien pour le replay https://www.youtube.com/watch?v=Hmd3MzWyd58&feature=youtu.be

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    | | | | Quantique, Science et Spiritualité

    Aujourd’hui,la grande préoccupation de la science est de comprendre l’esprit et la conscience. La physique quant… |

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    Et merci pour vos parutions. Elles sont toutes très intéressantes. Mais vous en mettez tellement que je n’ai plus le temps de toutes les lire!! cordialementEugénie Rosec https://www.hatem.com https://www.eugenie-rosec.com

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